
Lunulae, CAC Brétigny
Cette dernière exposition du cycle «lunulae» se situe juste à la surface des choses, là où l’on peut deviner les traces de secrets enfouis. Nous arpentons différentes zones (intimes, politiques, habitées, désertes ou hantées). Elles sont autant d’espaces aux frontières floues, appelant à reconsidérer notre rapport au temps.
L’errance commence avec le duo Xolo Cuintle. Romy Texier et Valentin Vie Binet ont imaginé une maquette faisant référence à l’espace d’exposition. Mais ici, le sol est fait de sillons évoquant la tradition agricole de l’Essonne, dont la terre a été remplacée par une poudre de béton. Nous sommes projeté·es dans une ère géologique incertaine et désertique, sédimentée par nos matériaux de construction. Les artistes cherchent ainsi à troubler la perception du temps: iels nous font autant entrevoir un avenir post-humanité qu’un passé relativement proche.
Ce mélange temporel est également présent dans le travail du collectif Grapain. Avec leur film Caresser au lance flammes, Maéva et Arnaud Grapain nous proposent de circuler entre des ruines baignées par la lumière d’un soleil mourant. Ces paysages désolés peuvent évoquer un futur potentiel ou le chaos qui précède la création d’un monde, des milliards d’années en arrière. Ailleurs, l'installation Bord de route crée un seuil entre nature et architecture. D’un mur dégradé s’échappe de la laine de roche et des sérigraphies de végétaux imprimées à l'huile de moteur qui s'estompent au fil du temps. L’ensemble cherche à nous rappeler l'impermanence des êtres et des choses.
Cette impression d’être entre plusieurs existences se retrouve dans la collaboration entre Sandar Tun Tun et Ife Day. Iels présentent un rideau de perles qui semble être passé par le feu et un portail carbonisé sur lequel sont accrochés divers objets abîmés. Ces deux passages évoquent, pour les artistes, les urgences permanentes que nous devons tou·tes traverser et qui nous forcent à osciller entre désir et angoisse. Ils sont complétés par une installation sonore qui se révèle par indices, éloquents ou plus discrets. L’espace d’exposition est hanté de traces de récits et de musique, résonnant avec les travaux des autres artistes et avec ses visiteur·euses.
Le travail d’Ethan Assouline ponctue lui aussi discrètement l’exposition. Sur ses dessins et collages, on discerne des silhouettes absentes et des fragments d’images. Leur fragilité peut évoquer la vulnérabilités des êtres, là-encore traversé·es par les violentes injonctions du monde. Ici, l’intimité devient un refuge, une zone à construire, un espace de lutte contre l’autorité.
Andréa Spartà, à son tour, imagine des espaces mystérieux sous la forme de sculptures et d’installations. Ici, il présente notamment des boîtes en carton contenant des objets dont les agencements évoquent le quotidien, dans une mise en scène cependant étrange. Sur les flancs des boîtes, le mot «daily» [quotidien] entouré de deux flèches est un rappel mélancolique du caractère cyclique du temps. Ailleurs, une œuvre invisible est comme coincée dans une autre dimension, dans une zone inaccessible et fantasmée: elle peut nous être racontée par les médiateur·rices de l’exposition.
Enfin, Célia Boulesteix s’intéresse à d’autres existences et se saisit de leurs souvenirs. Ses matériaux sont souvent récupérés et portent les marques du temps, à l’image de cette grande structure métallique entre reste de chantier et ruine, ou de ces photographies abîmées qui renferment des souvenirs semblant prêts à s’effacer. Il réside en eux une forme de mémoire énigmatique qui a pourtant un rôle à jouer dans cet avenir en construction.
Il existe autant de définitions des zones qu’il y a d’êtres pour les créer et les habiter. Ce qui rassemble celles imaginées ici est une forme de mélancolie rêveuse, qui maintient la pensée dans un état d’éveil discret mais attentif.













Artists
Ethan Assouline, Célia Boulesteix, Collectif Grapain, Andréa Spartà, Sandar Tun Tun & Ife Day, Xolo Cuintle
Location
CAC Brétigny, Espace de la Croix Louis, 91220 Brétigny-sur-Orge, FR
Photographer
Valentin Vie Binet

Lunulae, CAC Brétigny
Cette dernière exposition du cycle «lunulae» se situe juste à la surface des choses, là où l’on peut deviner les traces de secrets enfouis. Nous arpentons différentes zones (intimes, politiques, habitées, désertes ou hantées). Elles sont autant d’espaces aux frontières floues, appelant à reconsidérer notre rapport au temps.
L’errance commence avec le duo Xolo Cuintle. Romy Texier et Valentin Vie Binet ont imaginé une maquette faisant référence à l’espace d’exposition. Mais ici, le sol est fait de sillons évoquant la tradition agricole de l’Essonne, dont la terre a été remplacée par une poudre de béton. Nous sommes projeté·es dans une ère géologique incertaine et désertique, sédimentée par nos matériaux de construction. Les artistes cherchent ainsi à troubler la perception du temps: iels nous font autant entrevoir un avenir post-humanité qu’un passé relativement proche.
Ce mélange temporel est également présent dans le travail du collectif Grapain. Avec leur film Caresser au lance flammes, Maéva et Arnaud Grapain nous proposent de circuler entre des ruines baignées par la lumière d’un soleil mourant. Ces paysages désolés peuvent évoquer un futur potentiel ou le chaos qui précède la création d’un monde, des milliards d’années en arrière. Ailleurs, l'installation Bord de route crée un seuil entre nature et architecture. D’un mur dégradé s’échappe de la laine de roche et des sérigraphies de végétaux imprimées à l'huile de moteur qui s'estompent au fil du temps. L’ensemble cherche à nous rappeler l'impermanence des êtres et des choses.
Cette impression d’être entre plusieurs existences se retrouve dans la collaboration entre Sandar Tun Tun et Ife Day. Iels présentent un rideau de perles qui semble être passé par le feu et un portail carbonisé sur lequel sont accrochés divers objets abîmés. Ces deux passages évoquent, pour les artistes, les urgences permanentes que nous devons tou·tes traverser et qui nous forcent à osciller entre désir et angoisse. Ils sont complétés par une installation sonore qui se révèle par indices, éloquents ou plus discrets. L’espace d’exposition est hanté de traces de récits et de musique, résonnant avec les travaux des autres artistes et avec ses visiteur·euses.
Le travail d’Ethan Assouline ponctue lui aussi discrètement l’exposition. Sur ses dessins et collages, on discerne des silhouettes absentes et des fragments d’images. Leur fragilité peut évoquer la vulnérabilités des êtres, là-encore traversé·es par les violentes injonctions du monde. Ici, l’intimité devient un refuge, une zone à construire, un espace de lutte contre l’autorité.
Andréa Spartà, à son tour, imagine des espaces mystérieux sous la forme de sculptures et d’installations. Ici, il présente notamment des boîtes en carton contenant des objets dont les agencements évoquent le quotidien, dans une mise en scène cependant étrange. Sur les flancs des boîtes, le mot «daily» [quotidien] entouré de deux flèches est un rappel mélancolique du caractère cyclique du temps. Ailleurs, une œuvre invisible est comme coincée dans une autre dimension, dans une zone inaccessible et fantasmée: elle peut nous être racontée par les médiateur·rices de l’exposition.
Enfin, Célia Boulesteix s’intéresse à d’autres existences et se saisit de leurs souvenirs. Ses matériaux sont souvent récupérés et portent les marques du temps, à l’image de cette grande structure métallique entre reste de chantier et ruine, ou de ces photographies abîmées qui renferment des souvenirs semblant prêts à s’effacer. Il réside en eux une forme de mémoire énigmatique qui a pourtant un rôle à jouer dans cet avenir en construction.
Il existe autant de définitions des zones qu’il y a d’êtres pour les créer et les habiter. Ce qui rassemble celles imaginées ici est une forme de mélancolie rêveuse, qui maintient la pensée dans un état d’éveil discret mais attentif.














Artists
Ethan Assouline, Célia Boulesteix, Collectif Grapain, Andréa Spartà, Sandar Tun Tun & Ife Day, Xolo Cuintle
Location
CAC Brétigny, Espace de la Croix Louis, 91220 Brétigny-sur-Orge, FR
Photographer
Valentin Vie Binet
"Xolo Cuintle, Béton botanique", Maxime Gasnier, Janvier-mars 2025